Entre 2022 et 2024, le marché français du manga a perdu un exemplaire vendu sur quatre. Sur la même période, le nombre de nouveautés publiées chaque année a continué de grimper. Les deux courbes vont en sens inverse depuis trois ans.
La réponse courte
La France reste le deuxième marché mondial du manga en volume papier, mais le pic est passé. 48 millions d’exemplaires en 2022, 40 millions en 2023, 35,9 millions en 2024, et un premier semestre 2025 en repli de plus de 12 %. Pendant ce temps, les éditeurs sont passés de moins de 2 000 sorties annuelles en 2019 à plus de 3 200 en 2024.
Le catalogue tient. Les nouveautés, elles, ne partent plus.
| Année | Exemplaires vendus | Chiffre d’affaires | Variation |
|---|---|---|---|
| 2019 | 19 millions | environ 155 M€ | référence pré-Covid |
| 2020 | 22 millions | non communiqué | +16 % |
| 2022 | 48 millions | 381 M€ | sommet historique |
| 2023 | 40 millions | 331 M€ | -18 % en volume |
| 2024 | 35,9 millions | 309 M€ | -9 % en volume |
| 2025 (janv.-avr.) | non consolidé | non communiqué | -12,8 % |

Deuxième au papier, pas tous formats confondus
Tout le monde répète que la France est le deuxième pays du manga derrière le Japon. C’est vrai, à condition de préciser ce qu’on compte.
Ce classement repose sur les ventes d’exemplaires imprimés. Or aux États-Unis, le numérique représente une part écrasante de la consommation de manga, de l’ordre de 80 % d’après les panels américains, sans qu’aucune source primaire publique ne l’établisse. En valeur totale, numérique inclus, le marché nord-américain se situe autour de 560 millions d’euros, soit nettement au-dessus des 309 millions du marché français papier.
La France est donc deuxième au papier. Sur l’ensemble des formats, la comparaison devient beaucoup moins nette. Aucun organisme ne publie de classement mondial consolidé qui intégrerait proprement le numérique, ce qui laisse le titre de deuxième marché circuler sans que personne ne le vérifie vraiment.
La surproduction, chiffrée
C’est le mot qui revient dans toutes les bouches du secteur depuis 2024. Il correspond à une réalité mesurable.
| Année | Nouveautés manga publiées en France |
|---|---|
| 2019 | moins de 2 000 |
| 2021 | environ 2 300 |
| 2022 | 2 700 |
| 2023 | 3 067 |
| 2024 | 3 212 |
Depuis 2024, le rythme dépasse 300 parutions par mois. Sur les premiers mois de 2025, environ 1 000 nouveautés sont sorties, dont 250 premiers tomes. Un libraire qui reçoit dix nouvelles séries par semaine ne peut pas les défendre toutes, et les met en rayon quelques jours avant de les retourner.
Nicolas Ducos, chez Kana, le dit sans détour : « Nous avons bien conscience que le marché du manga connaît une surproduction chronique. » Julien Pelletier, de la librairie Japanim, décrit la conséquence côté rayon : « Les nouveautés ne partent plus du tout, depuis deux ans déjà. »
Ce qui tient, c’est le fonds. Chez Kana, les ventes de catalogue affichent +50 % en volume par rapport à 2019. Autrement dit, les lecteurs continuent d’acheter, mais ils achètent des séries installées plutôt que des lancements.

Le prix du tome a augmenté d’un cinquième en cinq ans
| Année | Prix moyen d’un tome standard |
|---|---|
| 2022 | 7,90 € |
| 2023 | 8,40 € |
| 2024 | 8,60 € |
La hausse cumulée approche 22 % sur cinq ans. Un titre affiché 6,90 € en 2021 se vend aujourd’hui entre 7,95 € et 8,50 €. Les éditions prestige montent à 14 ou 20 € le volume, et les coffrets collector doublent simplement le prix de la version standard.
Au Japon, le tankôbon reste dans une fourchette de 400 à 500 yens, soit entre 2,20 € et 2,70 €. L’écart s’explique par le marché domestique, bien plus large, par l’absence de coûts de traduction et de licence, et par un papier moins cher. Le Japon connaît lui aussi des hausses depuis 2024, une première depuis des décennies, mais l’ordre de grandeur reste sans commune mesure.

Ce que l’Arcom a mesuré en 2025
L’étude publiée par l’Arcom le 3 juillet 2025 donne les seules données publiques récentes sur les usages, et pas seulement sur les ventes.
- 42 % des Français consomment du manga ou de l’anime.
- 38 % regardent des animes.
- 24 % passent par des canaux illicites.
- Le manga est le 5e genre littéraire le plus lu en France.
- Il pèse 11 % du marché de l’édition littéraire, et environ 53 % du marché de la bande dessinée.
- Le marché de l’anime en audiovisuel se situe entre 65 et 90 millions d’euros, soit un tiers du marché du manga papier.
Attention à un chiffre qui circule beaucoup : plusieurs articles annoncent que le manga représente 20 % du marché du livre français. Le calcul ne tient pas. La BD pèse environ un cinquième du marché du livre, le manga en représente un peu plus de la moitié, ce qui donne 11 à 13 %. Le chiffre de 20 % confond la part du manga dans la BD avec sa part dans le livre.
Le Pass Culture n’est pas le distributeur automatique de mangas qu’on décrit
Les adolescents auraient dépensé leur Pass Culture en mangas, gonflant artificiellement le marché. En 2021, année de la généralisation, 71 % des livres réservés via le dispositif étaient effectivement des mangas. Mais sur plus de 300 000 nouveaux bénéficiaires, seuls 628 jeunes avaient dépensé l’intégralité de leurs 300 € exclusivement en mangas. Et 37 % de ceux qui avaient réservé un manga avaient aussi réservé un livre d’un autre genre.
Dès 2022, la part du manga dans les réservations de livres tombe à 44 %, puis recule encore de 10 % au premier trimestre 2023. Le dispositif a servi de première entrée en librairie, pas de dépense unique.
Qui domine réellement l’édition manga en France
Deux classements circulent, et ils ne disent pas la même chose.
| Classement | En tête | Chiffre |
|---|---|---|
| Nombre cumulé de sorties depuis les origines | Pika | environ 5 600 titres |
| Part de marché en valeur sur l’année 2024 | Glénat | 29 % |
Pika a publié plus de titres que n’importe qui depuis trente ans, devant Delcourt/Tonkam (5 353) et Kana (4 527). Mais c’est Glénat qui capte près d’un tiers de la valeur du marché, et One Piece représente à lui seul environ la moitié de l’activité manga de l’éditeur. Une seule série pèse donc autour de 15 % du marché français.
Le paysage compte 58 labels rattachés à 35 groupes fin 2025. Les dix premiers éditeurs concentrent 58 % des sorties. Le mouvement de consolidation dépasse désormais le cadre franco-japonais : en juillet 2025, HarperCollins a racheté l’activité manga de Crunchyroll.
D’où vient cette place française
Rien de tout cela n’est né en 2020. Le premier manga publié en France remonte à 1969, dans une revue d’arts martiaux.
La génération qui achète aujourd’hui a découvert ces récits à la télévision avant de les acheter en librairie. Le premier manga en France raconte l’arrivée par l’édition, les séries manga des années 90 l’arrivée par les écrans.
Reste le produit lui-même. Pourquoi les manga sont en noir et blanc tient à l’imprimerie et au rythme de production, pas au goût japonais.
Et pour qui veut en vivre, le revenu médian d’un auteur de BD est de 6 600 € par an. Le détail figure sur la page école mangaka. Côté catalogue, les meilleurs mangas japonais donnent une idée des titres qui portent ces chiffres.
Questions fréquentes
Combien de mangas se vendent chaque année en France ?
35,9 millions d’exemplaires en 2024, pour 309 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le sommet date de 2022 avec 48 millions d’exemplaires et 381 millions d’euros.
La France est-elle vraiment le deuxième marché mondial du manga ?
En volume de ventes papier, oui. En intégrant le numérique, le marché nord-américain pèserait environ 560 millions d’euros, ce qui remet le classement en question. Aucun organisme ne publie de comparaison mondiale consolidée tous formats.
Pourquoi les ventes de manga baissent-elles ?
Trois facteurs se cumulent : un retour à la normale après le pic de 2021-2022, une hausse du prix moyen d’environ 22 % en cinq ans, et une surproduction qui sature les rayons avec plus de 300 nouveautés par mois.
Quel éditeur est le premier du manga en France ?
Glénat en part de marché valeur, avec 29 % en 2024, porté par One Piece. Pika en nombre de titres publiés depuis les origines, avec environ 5 600 sorties.
Combien coûte un manga en France ?
8,60 € en moyenne pour un tome standard en 2024. Les éditions prestige se situent entre 14 et 20 €. Au Japon, le tankôbon équivalent coûte entre 2,20 € et 2,70 €.
Sources
- Arcom, « Le manga et l’anime en France : des cases aux écrans », 3 juillet 2025
- ActuaLitté, « En France, le manga victime de son succès et de la surproduction », 26 mai 2025
- GfK et Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, dossier de presse, 25 janvier 2024
- Le Point, « Comment la France est devenue la seconde patrie du manga », 2 juin 2024
- ActuaLitté, données Pass Culture, 15 juin 2021 et 26 avril 2023
- Journal du Japon, bilan du marché du manga, 17 septembre 2025
- Manga Insight, annuaire des éditeurs français, données arrêtées fin 2025
Côté japonais, les voix de ces séries relèvent d’un métier structuré à part, celui de seiyū, qui n’a pas d’équivalent en France.
